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Le chaland      
 

En 2004, l’équipe du musée était loin de penser les quelques planches  apparues dans les eaux glauques du Rh ône, dissimulaient un bateau long de 31 mètres, entier dans toutes ses parties, et qu’il trouverait sa place dans le musée départemental Arles antique en 2013.

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Avec cette opération en tout point exceptionnelle, la barge romaine Arles-Rh ône 3

rejoint le club très fermé des bateaux trouvés complets (ou presque) en fouille, sauvés et installés dans un musée. S’il existe d’assez nombreux fonds de carène ou fragments de navire de par le monde, seuls le Vasa de Stockholm, la Mary Rose de Portsmouth, la jonque Nanhai 1 de Canton, les bateaux vikings d’Oslo et le chaland Arles-Rh ône 3 répondent à cette définition.

La décision politique de l’opération une fois prise en 2010, avec pour objectif une inauguration en octobre 2013, c’est un pari insensé qui a été tenté, et contre toute attente, réussi : sortir de l’eau 50 tonnes d’un bois fragile comme du verre sans en briser la moindre partie ; restaurer l’ensemble dans des délais défiant toutes les normes ; installer ce chaland, mais aussi 450 objets permettant d’en comprendre le contexte, dans une aile de 800 m2 spécialement construite pour l’occasion. Et tout cela en moins de trois ans alors que des opérations du même type, pour les bateaux cités précédemment, avaient duré plusieurs décennies.

Et tout cela alors que les archéologues n’avaient pas idée des techniques de relevage qu’il leur faudrait employer, alors que les restaurateurs n’avaient jamais traité autant de bois d’un coup, alors que les architectes devaient élaborer leurs plans sans connaitre les dimensions exactes du chaland encore enfoui !
Arles-Rh ône 3 est désormais classé « trésor national » : et les privilégiés qui ont participé à la merveilleuse aventure de sa sauvegarde sont fiers de savoir que des milliers de visiteurs vont à leur tour rêver et apprendre devant un témoignage aussi insigne…

Le 6 novembre 2013, le chaland Arles-Rh ône 3 sera à l’honneur dans l’émission Des Racines et des Ailes sur France 3 à l’occasion d’un numéro spécial Arles et Alpilles.



Le 5 octobre 2013 le musée ouvre au public une nouvelle aile consacrée au chaland Arles-Rh ône 3. Outre cet exceptionnel bateau, l’extension reçoit également plus de 450 objets issus des fouilles récentes, des réserves et du redéploiement des collections. Il s’agit de restituer dans le nouveau bâtiment de plus de 800 m2, ce que les dernières découvertes scientifiques permettent d’appréhender de l’histoire fluviomaritime de la cité. Le chaland occupe le centre de la salle et accompagne les trois sections qui doivent évoquer le port et ses activités, le commerce fluviomaritime et la navigation.

Section 1 : Le port antique et ses métiers
La ville disposait d’un port certainement très important et étendu, pourvu de chantiers navals, d’entrep ôts, d’ateliers, de remises, de bureaux pour l’administration... Malheureusement, peu de découvertes architecturales permettent de retranscrire topographiquement ce que le mobilier archéologique autorise à entrevoir. Cette partie présente l’état de nos connaissances sur ces lieux et ceux qui y ont oeuvré au cours de l’Antiquité : les marins, les ouvriers du port et l’administration. Le public peut retrouver dans cette section, des pièces insignes, notamment la statue de Neptune découverte en 2007 et dédiée à une corporation de bateliers : les Lenunclarii, le relief des emballeurs, des plombs qui servaient à sceller les marchandises et deux seaux miraculeusement préservés.

Section 2 : Le commerce
Le commerce fluviomaritime est abordé avec des objets provenant indifféremment du Rh ône, de la mer et de fouilles terrestres pratiquées sur le territoire de la commune d’Arles.
Les courants commerciaux sont évoqués par les amphores, la vaisselle et les matières premières.
Des amphores, placées le long de la barge représentent, chronologiquement, les contenants les plus communément transportés sur le fleuve et en mer. Elles permettent de montrer l’étendue du commerce arlésien depuis le Haut Empire
jusqu’à l’Antiquité tardive. Une place particulière est dévolue aux amphores dont le contenu est connu grâce aux inscriptions peintes portées sur les cols, essentiellement des conserves de poissons ou des saumures, mais également du vin.

Cinq vitrines présentent des vases en fonction de leur origine géographique, Gaule, Italie, péninsule Ibérique, Afrique du Nord et Orient de la Méditerranée, permettant parfois de révéler les produits
transportés. Les matières premières, dont il est rare de pouvoir disposer d’un
ensemble aussi varié : métaux de récupération (une anse de vase avec les têtes de Minerve et d’Hercule, un couvercle à poignée en forme de dauphin ou encore un superbe bras de statue) et des lingots (cuivre, étain, plomb et fer) qui attestent du trafic important des minerais en Méditerranée.

Section 3 : La navigation
La ville antique s’est développée grâce à son port et au commerce qui y transitait. La construction navale occupait une grande place au sein des activités de la cité avant même la création de la colonie car César mentionne dans la guerre civile l’aide précieuse de douze bateaux de guerre arlésiens pour la reddition de Marseille.

Tel un mécano géant, l’épave est remontée
Au terme de deux années de traitement au sein de l’atelier Arc-Nucléart de Grenoble et d’un long travail de restauration, le chaland Arles-Rh ône 3 a finalement regagné les bords du Rh ône en prenant place dans l’extension du musée. Remonté tel un mécano géant (35 sous-ensembles et plus de 200 pièces) sur un support en acier de 8 tonnes (réalisé par la société Cic-Orio), le chaland est présenté dans une fosse de 35 m de long, en situation de navigation, prêt à larguer les amarres et poursuivre la descente du fleuve interrompue il y a près de 2 000 ans.

Un ensemble unique au monde
La coque étant par ailleurs conservée à 90%, il a été décidé, avec l’accord du Drassm / Ministère de la Culture, de présenter cet ensemble unique avec tous ses éléments remis en place et de combler les lacunes afin d’en donner une meilleure lecture aux publics. La partie arrachée, sur bâbord arrière, a ainsi fait l’objet de la réalisation d’un facsimilé contemporain, en respectant les essences de bois d’origine. Les déformations de la coque dues à son long séjour dans l’eau ont également été corrigées par les restaurateurs grâce à la restitution 3D qui a pu être faite du chaland (Ipso Facto). De même, les fractures trop importantes liées au relevage des tronçons de l’épave et à leur manipulation ont été colmatées. Et les clous en fer ont été remplacés par des têtes de clous en résine.
Le mobilier de bord de l’équipage retrouve sa place à la poupe du bateau. Céramique de cuisine, bouilloire, mortier, vaisselle... s’organisent autour d’un fond de dolium, réutilisé comme brasero. Des fac-similés des pierres de chargement, que transportait le bateau lors de son dernier voyage, sont présentés dans le caisson. Quelques pierres du chargement original sont présentées dans la section « commerce ». La pelle de gouverne, grande rame gouvernail en chêne de près de 8 m de long est présentée en place, dans l’axe arrière de la poupe. Le mât du chaland, découvert dans le fond du caisson, sous le chargement de pierres, a lui aussi été remis en place. Il s’agit d’un mât de halage, d’une hauteur de 3,70 m destiné à tracter le bateau lors de la remontée du fleuve. La coque (d’un poids de 8 tonnes), pleinement chargée (environ 30 tonnes) devait nécessiter la présence de 26 hommes (sans doute des esclaves) pour le halage.
À la proue du bateau, une perche de sonde, du bois de chauffage, destiné à alimenter le brasero, et un gros cordage, lié à l’amarrage ou au maintien du mât, sont également présentés.

Un témoin précieux de la batellerie gallo-romaine
Les études conduites par une vingtaine de chercheurs permettent de bien connaître ce bateau et son histoire. Probablement construit dans les chantiers navals d’Arles au début des années 50 après J.-C., il s’agissait d’un chaland long et étroit destiné à naviguer dans la section inférieure du Rh ône pour assurer le transport de marchandises. Lors de son dernier voyage,
il transportait un chargement de près de 30 tonnes de pierres calcaires prélevées dans les carrières de Saint-Gabriel (Ernaginum / Tarascon), à 15 km au nord d’Arles. À destination d’Arles - pour l’aménagement de berges, la construction de monuments
publics ou de domus - ou de la Camargue - pour la construction de villas agricoles - le chaland a été englouti subitement dans les eaux du Rh ône alors qu’il était probablement amarré. Grâce à cet épisode, c’est aujourd’hui un ensemble unique au monde qui est présenté au musée départemental Arles antique et qui nous restitue, face au Rh ône, un témoin précieux de la batellerie galloromaine.