Fouilles terrestres du site de la verrerie de Trinquetaille

verrerie

HISTORIQUE DES RECHERCHES SUR LE SITE

1982 - 1984 : découverte d'un quartier de maisons romaines aux sols mosaïqués
(fin IIe s. ap. J.-C.)
2013 - 2017 : mise au jour de la maison de la Harpiste ornée de fresques remarquables
(Ier s. av. J.-C.)

LA VERRERIE AU XVIIIe SIÈCLE

Le site doit son nom à un bâtiment pré-industriel implanté au XVIIIe siècle.




VIDÉOS DES CAMPAGNES DE FOUILLES

Suivez le passionnant chantier de fouille de la verrerie de Trinquetaille, sur notre chaine Youtube

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LA MAISON DE LA HARPISTE - Ier s. av. J.-C.

Cette maison, baptisée ainsi en référence à un des personnages peints découverts dans l'une des pièces, parle d'une page de l'histoire d'Arles jusqu'alors mal connue.

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DES PEINTURES À FRESQUE DIGNES DE POMPEI

Les peintures a fresco de la maison de la Harpiste constituent un véritable trésor archéologique

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LA MAISON D'AIÔN - FIN IIe s.

Cette luxueuse maison urbaine qui surmonte la maison de la Harpiste présente des sols mosaïqués qui font aujourd'hui parti des pièces maitresse des collections du musée.

HISTORIQUE DES RECHERCHES SUR LE SITE

Acquis par la ville en 1978, le site de la verrerie implantée à Arles sur la rive droite du Rhône a fait l'objet de fouilles de sauvetage programmées, à compter de 1982, en réponse à un projet de lotissement. Trois campagnes, lancées sous la houlette de Jean-Maurice Rouquette, conservateur des musées d'Arles, ont porté sur une surface d'environ un hectare et ont révélé un quartier résidentiel mis en place à la fin du IIe siècle ap. n.e. Trois, voire quatre riches maisons urbaines (domus) ont été identifiées. Elles sont agrémentées de bassins plaqués de marbre et possèdent un apparat décoratif opulent : sols mosaïqués, en opus sectile ou en béton de tuileau ainsi que des parois murales décorées de placages de marbre, d'enduits peints ou de stucs. L'une de ces domus a livré les mosaïques d'Aiôn et de Méduse aujourd'hui pièces maitresses du musée. Ces demeures, abandonnées aux alentours de 260 à la suite d'un incendie, ont fait l'objet aux IVe et Ve siècles de récupérations avant que le terrain ne devienne une zone rurale restée vierge de constructions jusqu'à l'installation de la verrerie.

1988 -1992
La dépose des mosaïques

Afin de préserver les mosaïques mises au jour, cinq d'entre elles ont été déposées sous la responsabilité de Patrick Blanc entre 1988 et 1992 puis restaurées en vue de les intégrer dans les collections permanentes du musée départemental Arles antique.


Le site de la Verrerie en 1983 avec au premier plan les mosaïques de la domus d'Aiôn © Michel Lacanaud / MDAA / CD13


Maison de la Harpiste en cours de fouille, 2014. © Rémi Bénali / MDAA / CD13

2013-2017
En 2013, dans le cadre d'un chantier d'insertion mis en place par la municipalité, le service archéologique du musée a réalisé le suivi du nettoyage puis du remblaiement du site qui avait été laissé à l'abandon 30 années auparavant. Cette opération de sauvetage urgent a permis notamment la découverte et la dépose d'une mosaïque géométrique polychrome et a révélé des niveaux d'occupations précoces (milieu du Ier s. av. n.e.). Ces derniers se caractérisent par des constructions dotées d'enduits peints dans un état de conservation exceptionnel. Cette dernière découverte a motivé la poursuite des recherches sur le site

Site de la verrerie en cours de fouille, juillet 2017. © Marie-Pierre Rothé / MDAA / CD13 / Inrap

Entre 2014 et 2017
C 'est à l'emplacement des somptueuses mosaïques d'Aiôn et de la Méduse, découvertes en 1983 et déposées en 1988 et 1992, que se sont poursuivies les recherches pour appréhender,
à 1,6 mètre sous celles-ci, des niveaux précoces jamais atteints dans ce quartier. Ces recherches ont été effectuées dans le cadre d'une fouille programmée pluriannuelle menée sous la direction de Marie-Pierre Rothé (archéologue au musée départemental Arles antique). Les quatre campagnes de fouilles apportent un nouveau jalon à l'histoire de la ville. Elles sont portées par le musée départemental Arles antique avec le partenariat de l'Inrap et la contribution du CNRS, de l'université de Provence et du Centre interdisciplinaire de conservation et restauration du patrimoine (CICRP).

LA VERRERIE AU XVIIIe SIÈCLE

Le site doit son nom à la verrerie implantée au XVIIIe siècle.
Fondée en 1782, la Verrerie a fonctionné jusqu'en 1809 en se consacrant presque exclusivement à la production de bouteilles de verre noir destinées au transport et à la conservation de denrées alimentaires. Au cours de son fonctionnement, la manufacture s'est dotée de différents espaces de travail et de vie. La grande halle, encore visible aujourd'hui, accueillait le four de fusion. On la reconnaît à son plan carré et ses arcs en plein cintre divisant l'espace en trois nefs à la manière d'une église. La halle de la Verrerie, rare témoignage du patrimoine préindustriel, est protégée au titre des monuments historiques depuis 1987.
Pour aller plus loin, l'histoire de la verrerie au XVIIIesiècle :
Arles patrimoine, la verrerie de Trinquetaille
La verrerie en noir de Trinquetaille à la fin du XVIII e siècle. par Danielle Foy et Henri Amouric

Cliquez pour agrandir
Hall de la Verrerie, XVIIIe s. © Marie-Pierre Rothé / MDAA / CD13 / Inrap

Fresque représentant une harpiste, Ier s. av. J.-C. © Julien Boislève / MDAA / CD13 / Inrap

LA MAISON DE LA HARPISTE Ier s. av. J.-C.

Cette demeure, baptisée ainsi en référence à l'un des personnages peints découverts dans l'une des pièces, a été mise au jour lors des fouilles  menées de 2013 à 2017. Construite entre les années 70 et 50 av. J.-C. , elle se distingue par sa précocité, son caractère luxueux et son état de conservation remarquable. Sa découverte renouvèle la question du développement de la ville pré-romaine sur la rive droite du Rhône, considérée jusqu'alors comme vierge de construction avant les années 30 avant n.e.
La maison de la Harpiste et son décor à Arles (Bouches-du-Rhône) : nouvelles données sur l'occupation tardo-républicaine d'Arelate


Maison de la Harpiste. 1er plan : atrium. Arrière-plan : les deux pièces fouillées en 2014 et 2015, Ier s. av. J.-C © Marie-Pierre Rothé / MDAA / CD13


Cette maison, fouillée sur près de 105 m2, soit vraisemblablement moins du cinquième de sa surface, présente le plan traditionnel de la maison urbaine (domus) tardo-républicaine telle que la décrit au Iersiècle av. J.-C. Vitruve dans son traité d'architecture antique. Une cour partiellement couverte (atrium) permet d'accéder à plusieurs espaces adjacents, dont quatre ont été perçus. La richesse des aménagements architecturaux et de la décoration, met enévidence le luxe des lieux mais également l'importance du propriétaire installé dans une maison de type italique avant même la création de la colonie romaine (46 ou 45 av. J.-C.).

L'atrium, fouillé sur la moitié de sa surface surface de 75 m2, possède une galerie dotée d'un sol en terre battue et de peintures murales. Au centre, un bassin peu profond est destiné à recueillir les eaux pluviales (impluvium). Constitué de blocs de pierre calcaire montée à joints vifs, il possède à son extrémité sud-est un puits. L'ouverture quadrangulaire (compluvium), ménagée au milieu du toit de l'atrium, constitué de tuiles plates et de tuiles rondes, dirigeait les eaux de pluie vers le bassin tout en apportant de la lumière. Des plaques en terre cuite décorées de palmettes et de chiens, telles des gargouilles, ornaient le bord du toit. Espace central de la maison, l'atrium dessert les pièces qui l'entourent. Deux d'entre elles ont été intégralement fouillées.


Fouille de parois peintes effondrées © Marie-Pierre Rothé / MDAA / CD13
Fouille d'un sol d'étage en briquette (opus spicatum) de la maison de la Harpiste Fouille de parois peintes effondrées © Marie-Pierre Rothé / MDAA / CD13
Maison de la Harpiste. Plaques ornementales en terre cuite permettant d'évacuer les eaux de la toiture vers le bassin © Marie-Pierre Rothé / MDAA / CD13

DES PEINTURES À FRESQUE DIGNES DE POMPEI

Les décors peints à fresque de la maison de la Harpiste ont été mis au jour sur certains murs sur une hauteur de 1 mètre et recueillis de manière fragmentaire par milliers dans les remblais comblant la maison. Uniques en France, ils se rapprochent des peintures de deuxième style pompéien mises au jour en Italie à Pompéi, Herculanum et Boscoréale. Cette découverte, qui souligne le luxe de la demeure, offre l'un des ensembles de peintures murales les plus complets connus en France pour cette période. Deux des pièces, intégralement fouillées, ont révélé les ensembles de peintures les plus complet.

La première pièce, d'une surface de 16 m2, a été fouillée en 2014.
Découvrez en vidéo la campagne de fouille

Fermée à l'origine par une porte à deux battants, elle présente un sol en béton incrusté d'éclats de roches colorée, elle correspond à une salle à manger(biclinium ou triclinium) ou à une chambre (cubiculum), comme le laisse penser le décor peint subdivisant l'espace. Conservé pour une des parois sur une longueur de 4,60 m et une hauteur de 1,10 m, ce dernier aménage dans la pièce deux espaces distincts, scindés par un piédestal fictif qui marque la division entre une antichambre et une alcôve, destinée à accueillir des banquettes ou un lit. Typique du deuxième style pompéien, dit "à paroi fermée", ce décor, d'inspiration architecturale très prononcée, cherche à créer l'illusion d'une riche construction en grand appareil et placages de marbre.

Paroi peinte en cours de nettoyage.
© Rémi Benali / MDAA / CD13

Dans une antichambre, le décor figure un podium mouluré à imitation de marbre gris qui supporte des colonnes jaunes placées au-devant de grandes dalles verticales (des orthostates) de même couleur et surmontés de rangs de blocs de grand appareil avec bossage fictif. Couronnées de chapiteaux de style corinthien, ces colonnes portent un entablement puis trois assises de blocs verts, jaunes et violets.

Fresques de la maison de la Harpiste, en arrière-plan la Verrerie du XVIIIe s.
© Marie-Pierre Rothé / MDAA / CD13
Base de colonne reposant sur un podium
© Julien Boislève / MDAA / CD13

Dans une alcôve, le décor est de même inspiration, mais avec une polychromie beaucoup plus variée. Le podium est à bandes obliques aux couleurs vives et rehaussées de rosaces rouge bordeaux. Au-dessus, les orthostates sont peints en imitation de marbres colorés et sont séparés par des compartiments rouge vermillon, une couleur obtenue par l'utilisation du cinabre, un pigment parmi les plus chers du monde romain. Si ces décors se rattachent à un deuxième style de type architectonique tel qu'on le connaît ailleurs en France, ils présentent certains motifs méconnus ou très incomplets sur d'autres sites.


La seconde pièce, fouillée en 2015, occupe une surface de 17 m2

Il s'agit vraisemblablement d'une salle de réception (tablinum ou œcus), comme l'indiquent son positionnement centré et ouvert sur l'impluvium ainsi que son décor extrêmement luxueux. Le sol en béton lissé est peint de bandes noires, dont l'une est crénelée, encadrant un motif central polychrome dégagé sur une petite surface. à ce sol d'inspiration grecque unique en France, s'ajoutent des parois peintes au décor d'architecture fictive accueillant des personnages de grande taille.

Piédestal sur lequel prenait place l'un des personnages de la mégalographie.
© Julien Boislève, Inrap / MDAA / CD13

L'enduit est en place sur deux des murs de la pièce. Préservé sur une hauteur de 1 m sur une longueur maximale de 4,65 m, il présente un podium fictif en imitation de marbre sur lequel reposent des colonnes qui scandent un champ rouge vermillon. Entre celles-ci, des piédestaux quadrangulaires sont visibles.

Personnages féminin et masculin de la mégalographie
© Julien Boislève, Inrap / MDAA / CD13
La harpiste © Marie-Pierre Rothé, Alain Genot, MDAA / CD13

Sur les onze piédestaux estimés, prenaient place des personnages représentés en pied à une échelle avoisinant les trois quarts de la grandeur nature. Trois visages quasi complets ont été retrouvés, dont l'un appartient à une harpiste. S'ils n'ont pas été identifiés à ce stade de l'étude, d'autres fragments conduisent à envisager une représentation liée au monde bachique, thème parmi les plus récurrents de l'iconographie romaine.

Ce type de figuration de grande taille, appelé mégalographie, était jusqu'alors inconnu en Gaule sur des peintures du deuxième style pompéien. En Italie, les décors de ce type sont également peu nombreux puisque attestés seulement dans une dizaine de sites, parmi lesquels certaines des plus riches demeures du Ier siècle avant J.-C, telles la villa des Mystères, à Pompéi, ou celle de Boscoreale. La quantité de matériel recueilli et le fort potentiel de remontage, attendu pour les années à venir, devraient offrir l'un des ensembles de peintures murales les plus complets connus en France et permettre une bonne lecture de l'organisation des parois et des décors.

La reconstitution du puzzle va commencer...

Caisses d'enduits peints dans les réserves © M.P Rothe / MDAA / CD13
Caisses d'enduits peints dans les réserves © Alain Genot / MDAA / CD13
Caisse d'enduits peints dans les réserves © M.P Rothe / MDAA / CD13

Les très riches décors de la maison de la harpiste, prélevés par les archéologues et les restaurateurs, feront prochainement l'objet d'un remontage, d'une étude puis de restaurations en vue de les intégrer dans les collections du musée. Un gigantesque puzzle sera réalisé dans un grand entrepôt qui permettra de mettre à plat les 1123 caisses de fragments de peintures. Cette opération dirigée par Julien Boislève, toichographologue (spécialiste des enduits peints) à l'Inrap, devrait commencer en 2020.
Mosaïque d' Aiôn restaurée / © R. Bénali / MDAA / CD13.


Représentation d'un poète
(fin IIe/ début IIIe s. ap. J.-C.
© Julien Boislève,
Inrap / MDAA / CD13

LA MAISON D'AIÔN - fin IIe s. ap. J.-C.

La maison urbaine (domus) d'Aiôn a été explorée partiellement sur une surface de près de 280 m2. Datée des années 180-200, cette domus dont le niveau de sol se situe à 1,8 m au-dessus de la maison de la Harpiste, a livré en 1983 les mosaïques dites de Méduse et d'Aiôn aujourd'hui présentées dans les collections permanentes du musée. Ces mosaïques polychromes mises au jour dans des pièces mitoyennes aux murs plaqués de marbre prennent place au centre de la maison. La mosaïque géométrique de Méduse, découverte dans une pièce oblongue de 25 m2 au fond de laquelle se trouvait probablement un lit, est constituée de quatre tapis juxtaposés portant chacun un décor différent. Une tête de Méduse apparait dans le premier tapis situé à l'entrée de la pièce ; capable de pétrifier l'ennemi, le regard foudroyant de ce monstre hybride à la chevelure de serpents est considéré par les Romains comme bénéfique et protecteur. La mosaïque d'Aiôn, située dans une vaste pièce de 58 m2, possède un tapis géométrique dont la composition en U permet de restituer l'emplacement des trois banquettes d'une salle à manger (triclinium) où les Romains mangeaient à demi-allongés. Ces trois kliné encadrent un tapis rectangulaire polychrome qui accueille en face du lit axial, la représentation du dieu Aiôn, garant de l'éternelle vitalité du monde.

Grâce aux fouilles récentes le plan de cette demeure, a pu être complété mettant en évidence des couloirs à mosaïques géométriques noires et blanches qui desservent l'ensemble des espaces de la domus. L'un d'eux, qui donne accès au triclinium, ouvre également sur une pièce au sol en béton de tuileau qui a révélé un décor peint trouvé partiellement effondré en place. Cet ensemble pictural, étudié en 2017 par Julien Boislève toichographologue de l'Inrap, un décor à panneaux vermillon ornés de personnages. Le plus complet représente un poète ou un auteur ; vêtu d'un manteau, il tient dans sa main droite un rouleau de papyrus (volumen). Il était entouré de neuf muse protectrices des arts. Entre les panneaux, des échappées laissent deviner des architectures et quelques coins de ciel bleu évoquant un monde imaginaire au-delà du mur. La fresque représentant le poète, a fait l'objet d'une restauration en 2019 par l'équipe de l'atelier de conservation et restauration du musée (ACRM) afin d'intégrer l'exposition temporaire "On n'a rien inventé !" actuellement proposée au Musée d'Histoire de Marseille jusqu'au 24 novembre 2019.

Mosaïque dit de Méduse / © R. Bénali / Mdaa / CD13.


Le site de la Verrerie en 1983 avec au premier plan les mosaïques de la domus d'Aiôn © Michel Lacanaud / MDAA / CD13